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Questions d'actualité, silence inquiétant de l'Opposition

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Le Potentiel - 26 août 2008
Francois Mwamba

Le social a pris le dessus sur le politique. Aucun écho dans les milieux politiques. Les quelques réactions enregistrées ayant été ramenées au niveau de certaines personnalités. La majorité se tait. Pire encore l’Opposition adopte la même attitude. Serait-ce du fait des vacances parlementaires ? Toutes les formations politiques paraissent tétanisées devant l’ampleur des grandes questions nationales. Quelle est la raison d’être d’une Opposition constructive face aux dossiers d’actualité brûlante ?

L’actualité nationale est dominée par la grogne sociale qui secoue différents secteurs de la vie nationale. Notamment dans le domaine de la Santé avec la grève des médecins.

Le secteur de l’Enseignement ne demeure pas en reste au regard des préalables posés par les enseignants en prévision de la prochaine rentrée scolaire. Si ces préalables ne sont pas satisfaits, ils ont décidé de ne pas effectuer la reprise des cours. Dans ce parcours, il ne faut pas sous-estimer les fonctionnaires et agents de l’Etat brandissant la paperasse du Barème de Mbudi.

Ça bouge également au sein des entreprises publiques avec la fin de la grève à l’ONATRA. Pendant au moins 48 heures, le port de Matadi a été paralysé. Entre-temps, dans le secteur privé, on s’empoigne sur l’application du SMIG. Les employeurs se montrent dubitatifs et réticents, évoquant la conjoncture économique difficile qui ne favorise pas l’exécution de cette décision sociale, selon eux.

Il s’agit ici d’une bonne partie de grandes questions nationales. Elles méritent des réflexions de toutes les grandes composantes ou sensibilités nationales. Mais il y a encore plus importants que ces premiers dossiers susceptibles de perturber l’ordre social et politique. Plus particulièrement la situation toujours explosive au Kivu avec cette menace du CNDP de Nkunda d’attaquer les FARDC et le Pareco. Il s’affirme de plus en plus que le Programme Amani a du plomb dans l’aile compte tenu des conséquences imprévisibles sur le processus politique en cours. Et pourquoi pas sur l’intégrité territoriale ?

Entre-temps, il importe de retenir la déclaration faite par le ministre près le Premier ministre sur le détournement ou le manque à gagner de plus de 1, 3 milliard de dollars auprès des régies financières et les entreprises publiques. Dans la foulée, vient de s’ajouter l’Affaire OFIDA. Pour ce cas précis, l’on attend le point de presse promis par le ministre des Finances afin de fixer l’opinion publique sur les tractations menées autour de cette affaire avec la firme américaine « Customs and Tax Consultancy, CTC ». Autant de questions de portée nationale qui méritent des réactions visant à prouver l’intérêt que manifestent toutes les sensibilités politiques dans des dossiers qui touchent à l’existence d’un Etat, d’une nation et à la promotion sociale d’un peuple.

VACANCES PARLEMENTAIRES : UN VIDE

Certes, la gestion au quotidien d’un pays revient au gouvernement. Il incombe donc à cette institution d’apporter chaque fois le message toujours attendu pour convaincre la population que le gouvernement assume ses responsabilités.

Toujours est-il que sur ce point, le gouvernement n’affiche pas une solidarité susceptible de consacrer l’efficacité de ses actions. Dans la grève des médecins, son silence a étonné plus d’un observateur, en éludant même cette question lors de sa réunion extraordinaire de 20 août. Par contre, une décision a été annoncée en marge de la réunion du gouvernement selon laquelle un protocole d’accord a été signé au terme d’une rencontre regroupant quelques ministres et les représentants des médecins.

Même s’il s’agissait d’une instruction du président de la République, une action parallèle ne peut en aucun moment voler la vedette à l’action de tout un gouvernement. La pratique classique obligerait le gouvernement à s’approprier cette démarche lors de sa réunion extraordinaire du 20 août pour souligner toute sa sérénité et sa responsabilité politiques à mieux assumer ses prérogatives constitutionnelles. Hélas !

Pire, l’examen au cas par cas des situations sociales, par groupes interposés des membres du gouvernement, entraîne l’Exécutif dans une spirale de saupoudrage. Une approche totalement inefficace qui reste les problèmes à débattre entier.

Curieusement, silence dans les rangs des partis politiques. Comme si les vacances parlementaires consacraient un vide, empêchant des formations politiques de s’exprimer pour refléter les préoccupations des populations. Il y a là quelque chose d’insolite qui trouble les consciences sereines jusqu’ à se poser la question de savoir si réellement les animateurs politiques ont conscience de leurs responsabilités, de la charge de la mission qu’ils assument. Faut-il prétendre que tout est au point mort puisqu’il y a vacances parlementaires ? D’ailleurs, selon des investigations préliminaires, la plupart des parlementaires passent leurs vacances à Kinshasa alors qu’ils sont attendus, vainement, en provinces.

L’OPPOSITION, LE CONTRE-POUVOIR

Ceci nous amène à nous interroger sur les actions de l’Opposition politique en RDC. Une opposition « constructive et républicaine », comme on aime bien le souligner. Pas une opposition de rue avec des « actions spectaculaires », dignes du théâtre de chez nous. Raison pour laquelle les vacances parlementaires ne constituent nullement un motif valable pour qu’il y ait ce « vide politique ».

Comment expliquer ce silence devant de grandes questions nationales d’actualité brûlante où les institutions nationales légitimes sont menacées, et que pour le cas des médecins, il y a eu mort d’hommes ? Cette opposition attend-elle la rentrée politique pour se mettre en exergue à l’Assemblée nationale, convaincue que le débat est transmis en direct en vue « d’épater » le public ?

Non. Il y a quelque chose qui dérange la sérénité des populations. S’il s’agissait d’un remaniement ou de la mise en place au sein des entreprises publiques, certainement que l’on aurait enregistré des réactions. Mais la situation des médecins, la mort d’hommes dans les hôpitaux, la situation précaire des enseignants, le détournement dans les régies et entreprises publiques… sont peut-être des faits divers.

Drôle d’opposition qui doit, à tout moment et en tout lieu, assumer son rôle de contre-pouvoir dans le but d’amener le gouvernement à sortir de son immobilisme. Certes, ce silence consiste aussi à pousser l’Exécutif à persévérer dans ses erreurs, diraient certains, avant d’engager la procédure de sa destitution. Mais ce « silence-là » est complice et de tels comportements politiques sont inexplicables sous d’autres cieux.

Toute opposition politique est un « pouvoir ». Elle est appelée à réagir, vacances parlementaires ou pas, face à toute situation dès lors que l’intérêt supérieur de la nation et des peuples est en danger. Rien n’a été dit sur les médecins, les enseignants, l’évolution en dents de scie du Programme Amani avec menace sur l’intégrité territoriale, la rentrée scolaire hypothétique…

Décidemment, la République démocratique du Congo souffre réellement de l’absence d’un « leadership fort ». Il sera effectivement difficile de bâtir un « Etat », de procéder à la « refondation de la Nation congolaise ».


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