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Joseph Kabila : Bilan mitigé

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Forum des As - 5 décembre 2008
Joseph Kabila

Qu’est-ce que le temps passe vite! Cela fait deux ans déjà depuis l’entrée en fonction du nouveau Kabila issu des urnes. Au regard du bilan très peu reluisant de ces deux ans de pouvoir post-élection, le traditionnel gâteau d’anniversaire ne sera sans doute pas au menu de cette commémoration. Tant les Congolais n’ont pas fini de manger leur pain noir.
Le mi-mandat, c’est pour très bientôt. Et avec cette échéance, l’inévitable bilan de mi-parcours. A quelque six mois de cet incontournable devoir d’inventaire, on est encore loin du compte. Pour un quinquennat placé sous le signe de grands travaux sur fond de requalification du social, les Congolais attendent encore de voir. Certes à Kinshasa, des immeubles sortent de terres ça et là. Il est vrai aussi qu’au Katanga le boom minier et le dynamisme du gouverneur Katumbi ont boosté l’économie locale. Les villes minières comme Lubumbashi, Likasi et surtout Kolwezi commençaient à peine à renaître des cendres des restes de la Gécamines. Voilà que la crise financière internationale doublée de l’effondrement des cours du cuivre compromet la renaissance du Katanga. Une situation qui ne manquera pas d’influer négativement sur la croissance du pays.

Bilan.
Mais ces initiatives privées isolées sont loin de se subtituer aux cinq chantiers annoncés urbi et orbi avec pompe. A l’heure des comptes, un constat: les cinq chantiers ont été davantage chantés par nos griots professionnels, toutes catégories confondues, que vécus dans les faits. Résultat: faute d’actions réelles de grande envergure, les cinq chantiers sont tournés en dérision par les Kinois, volontiers braillards. Les contrats chinois semblent avoir été brouillés par cette ‘’ théatralisation’’ bien de chez nous qui semble avoir fini de convaincre que le partenariat avec la Chine se faisait sous forme d’un défi contre on ne sait quel autre partenaire! Alors que les mêmes chinois sont à l’oeuvre en Angola, au Congo Brazza et même au Gabon longtemps présenté comme une chasse gardée de la France. Seulement dans ces pays, la coopération avec la Chine ne se décline pas en termes de slogans et de voyeurisme.
Il y a sans doute une erreur de casting dont le président paie le prix en termes d’image. Et il ne serait pas non plus excessif de penser que le folklore-chants, propagande officielle-fait autour des contrats chinois nuit quelque peu à la mise en place de ce dispositif pourtant essentiel pour doter le pays des infrastructures de base.
Sur le front social, si à la suite de l’accroissement réel du budget (exercices 2007 et 2008) les salaires des fonctionnaires ont été sensiblement revus à la hausse, on est encore loin de l’objectif Mbudi. Et les grèves à répétitions constatées dans l’enseignement, le monde médical montrent bien que l’agent de l’Etat n’a pas encore goûté aux délices de la démocratie.
En outre, à ne considérer que la seule ville de Kinshasa, les colonnes de ‘’ marathoniens forcés’’ qui envahissent les principales artères au lever comme au coucher du soleil renseignent que la sempiternelle question des transports reste quasiment sans solution. De même que l’emploi promis aux congolais relève encore du virtuel.
A l’Est où les compatriotes du Kivu voyaient dans l’urne la fin de la guerre, le désenchantement est au rendez-vous. Succédané des rébellions business qui écument l’Est du pays, le CNDP de Laurent Nkunda a eu au moins le mérite de rappeler aux Congolais que l’agenda des certaines officines occidentales et de leur sous-traitant rwandais est toujours à l’ordre du jour. Pour crédibiliser Nkunda et protéger le régime rwandais, les esprits bien pensants et champions de la démocratie ne trouvent plus utile de s’en tenir à leurs principes.
Tout se passe comme si en RDC il n’y avait jamais eu d’élections pluralistes parrainées par les occidentaux eux mêmes. Au contraire, le rebelle Nkunda est porté aux nues. Parallèlement à la béatification occidentale de Laurent Nkunda, on assiste à une désacralisation en règle de tous les symboles de l’Etat congolais. En commençant par l’Armée qui ne serait constituée que de ‘’pillards’’ face aux troupes ‘’ disciplinées’’ de Nkunda. Il est vrai aussi que dans ce qui a tout l’air d’un complot contre la RDC, des complicités existeraient jusqu’au coeur du pouvoir congolais! Les députés l’ont dénoncé. Les péripéties de la guerre du Kivu tendent chaque jour à prouver que le ver serait dans le fruit.
Tout le problème, c’est que le régime zaïro-congolais n’a plus cessé, depuis une décennie, d’être un espace de toutes les compromissions. Du fait des alliances et d’autres liaisons dangereuses, l’appareil d’Etat, en ce compris la hiérarchie militaire, est infesté d’agents au service de l’étranger. Terrible piège dont les victimes sont ces populations du Kivu qui ont cru de bonne foi en la démocratie.

Entourage.
Un zeste d’optimisme tout de même. Le quinquennat n’est pas encore terminé. Le Raïs peut rebondir. Encaisseur sans doute par tactique plutôt que par faiblesse, Joseph Kabila, à la manière d’un boxeur qui affectionne s’adosser aux cordes, a prouvé par le passé qu’il sait donner le coup décisif au moment où l’adversaire s’y attend le moins. Attendons voir.
Toujours est-il que le temps n’est plus le principal allié du Président. Si, de certains points de vue, le silence et, le rythme ( que certains considèrent comme la lenteur) se sont avérés comme des armes redoutables pour le Raïs, à mi-mandat et compte tenu de la gravité de la situation, cette posture est de moins en moins un atout. Sans jouer à la réincarnation parfaite de son prédécesseur de père, sans non plus aller jusqu’à emprunter le folklore mobutien, le chef de l’Etat devrait occuper l’espace sociologique. Surtout en ce temps où les congolais ont cruellement besoin d’être rassurés.
De même que nombre de congolais se sont faits une religion sur les hommes du Président . Si tous ne sont pas à loger à la même enseigne, on ne peut pas dire que l’entourage du Raïs soit en adéquation avec sa vision et même avec ses simples objectifs comme acteur politique. Là aussi, le Président ne saurait faire l’économie d’un nettoyage. D’autant que même le cabinet présidentiel est délesté de certains animateurs-clé.




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