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Faut-il interdire l'exploitation artisanale des mines ?

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Le Potentiel - 11 février 2009
Gecamines - Katanga

Les matières précieuses d’exploitation artisanale (or, diamant, coltan,...) constituent un piège qui s’est refermé sur des provinces à vocation minière. Elles ont entraîné dans leur sillage une cohorte de malheurs: déperdition scolaire, paupérisation de la population, famine par l’abandon de l’agriculture et financement des guerres de rébellion.

Le dernier cas rapporté par les médias est celui de la bourgade de Kambove, dans la province du Katanga. Selon Radio Okapi reprise par Le Potentiel, les élèves de Kambove abandonnent les écoles et s’en vont dans les mines d’or.

Le comité de l’Association des parents d’élèves déplore ce phénomène qui a tendance à prendre de l’ampleur. Selon les chiffres fournis par l’inspecteur des écoles publiques de Kambove, sur 3.067 élèves inscrits dans les écoles secondaires de Kambove au début de l’année scolaire 2008-2009, il ne reste plus dans les salles de classe que 1.620. Les autres et quelques instituteurs ont plié bagage pour aller à l’aventure dans les carrières.

Des situations similaires sont vécues ailleurs avec plus ou moins d’acuité. Le diamant au Kasaï oriental a vidé les salles de classe de leurs élèves et enseignants qui se sont improvisés qui creuseurs qui trafiquants de pierres précieuses. Comme le sucre attire les mouches, l’illusion de gain facile a conduit les paysans à abandonner les champs pour la recherche de graviers.

Pendant la période de vaches grasses, les négociants en diamant avaient la tête dans les étoiles. Ils ont rivalisé d’ardeur dans la recherche du cliquant. Tous voulaient mener une vie de pacha. Comme signe d’aisance, les nouveaux riches s’étaient constitués des harems. Ils roulaient dans des grosses cylindrées. Ils portaient au cou les pendentifs les plus lourds et les plus chers. Les moins extravagants ont pu acquérir de demeures modestes à Kinshasa. Mais tous ont oublié de construire leur ville restée figée au niveau d’un grand village menacé par des érosions.

Aujourd’hui, le piège s’est refermé sur le Kasaï oriental. Les diamants n’y sont plus éternels. Les machines de la Minière de Bakwanga sont à l’arrêt. Les pierres précieuses se font rares. Leurs cours ont dramatiquement chuté sur toutes les places, sous le coup de boutoir de la crise financière mondiale. La famine menace la métropole provinciale et les campagnes. Abandonnées à leur triste sort, les épouses d’acquisition récente, flanquées de leurs progénitures, doivent regagner le toit paternel. La déperdition scolaire a atteint des limites inimaginables. Dans 10 ou 20 ans, les analphabètes se compteront dans la proportion de 50% de la population sinon plus. A-t-on jamais vu un pays se développer sans une scolarisation adéquate de la jeunesse ?

Pendant que le Kasaï Oriental vit son calvaire, d’autres provinces de RD Congo ne retiennent pas la leçon. La presse rapporte que dans les hauts plateaux de Minembwe, les creuseurs artisanaux taisent leur rancune tribale séculaire et sympathisent, le temps de l’exploitation commune d’une mine. Bercés par le semblant d’enrichissement facile procuré par le coltan et l’or, ils s’abandonnent aux mêmes excentricités que leurs homologues d Mbuji Mayi. A l’épuisement de ce filon interviendra alors un réveil brutal, avec des effets irréversibles. Mwenga, Shabunda et Mushinga avaient eu aussi leurs mines et avaient on nu cette activité fébrile la fermeture des carrières il ne leur est resté que des trous béants t des cabanes abandonnées.

Ce n’est pas par hasard si les rébellions installent leurs quartiers généraux près des centres d’exploitation artisanale des matières précieuses. Tous les chefs de guerre veulent toujours contrôler les produits de cette activité qui financent la guerre, depuis l’achat des armes à la paie des officiers et des hommes de troupe. Au lieu d’être un atout devant contribuer aux programmes de développement, le coltan du Kivu est devenu une malédiction qui a alimenté les rébellions qu’a connues cette partie de la république.

En remontant dans l’histoire, il s’avère que les autorités qui ont autorisé l’exploitation artisanale des matières précieuses dans les années 80 n’avaient pas été bien inspirées. Les méfaits qu’entraîne cette décision, ainsi que nous les avons décrits ci-dessus, font pencher la balance de leur côté.

L’éradication de la fraude avait été invoquée pour justifier la mesure. Aujourd’hui comme hier, la fraude se porte bien, à telle enseigne que des pays voisins dont le sous-sol ne contient pas un gramme de coltan ni d’or sont devenus des exportateurs de ces matières précieuses.

En définitive, les comptoirs d’achat d’or, de diamant ou de coltan contribuent à enrichir leurs propriétaires, étrangers dans leur grande majorité, et leur participation au budget de l’Etat est insignifiante. En outre, on ne connaît pas un seul comptoir qui ait construit une école, un hôpital ou une quelconque structure sociale.

Il est temps de rapporter cette mesure qui n’a fait que détruire à petit feu des provinces entières de notre pays. Les guerres de rébellion que l’exploitation artisanale des matières précieuses ont suscitées et entretenues ont menacé dangereusement l’unité et la solidarité nationales. Le contrôle des richesses du sol et du sous-sol, convoitées de toutes parts, passe aussi par l’encadrement de leur exploitation.

Modeste MUTINGA




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