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« La communauté internationale a tendance à réagir aux crises plutôt qu'à les prévenir », Jean-Marie Guéhenno

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Xinhua - 11 novembre 2009
Jean-Marie Guéhenno
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Ancien sous-serétaire général des Nations Unies aujourd'hui exerçant pour un centre de recherche aux Etats-Unis, LA BROOKINGS, Jean-Marie Guéhenno prend part à Yaoundé, la capitale du Cameroun, à un forum sur la participation francophone aux opérations de maintien de la paix, organisé à l'initiative de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) du 8 au 10 novembre. Dans un entretien exclusif avec le correspondant de Xinhua à Yaoundé Raphaël Mvogo, il donne son opinion sur la gestion des conflits en Afrique et dans le monde.

Xinhua : M. Guéhenno, vous a été secrétaire général adjoint de l'Onu chargé des opérations du maintien de la paix, qu'est-ce que cela vous fait de savoir que la majorité des pays touchés par des conflits sont francophones ?

Jean-Marie Guéhenno : Je crois que ça veut dire qu'il faut qu' il y ait une grande solidarité entre pays francophones. C'est très important, dans ces pays francophones, qu'il y ait de troupes de maintien de la paix francophone. Parce que le rôle d'une opération de maintien de la paix, c'est d'abord d'avoir un vrai contact avec la population. Et si on a le contact de la langue, c'est un obstacle énorme.

Xinhua : Est-ce que le problème ne se situe pas en amont, c' est-à-dire qu'il faut d'abord chercher à résoudre le problème de la vente d'armes ?

JMG : Chaque conflit a sa dynamique propre. Il y a des conflits par exemple où les ressources naturelles deviennent une malédiction. Quand on essaie de voir par exemple le conflit qui se développait en République démocratique du Congo, il est sûr que les grandes ressources de ce pays ont attisé les convoitises et ont compliqué les choses. Il y a des conflits qui sont liés à la fragilité des gouvernements, au fait qu'au fond l'unité nationale est mise en cause par des mouvements rebelles. Il n'y a pas un vrai projet commun. C'est ce qui s'est passé au Liberia et en Sierra Leone. Je crois que chaque conflit doit être regardé de façon précise, parce qu'il peut y avoir des causes différentes pour chaque conflit. Les armes ensuite, elles arrivent évidemment parce qu'il y a de l'argent pour les acheter. Mais les armes sont les symptômes autant que la cause.

Xinhua : Justement, vous avez effectué plusieurs missions en République démocratique du Congo. Un cas comme celui-là, comment doit-il être appréhendé et géré ?

JMG : La République démocratique du Congo est un pays où il y a une vraie volonté de paix aujourd'hui. Mais c'est un pays immense et je crois que c'est un pays qui a beaucoup souffert, d' abord d'années de mauvaise gouvernance, ensuite d'une longue guerre civile. Et donc, c'est un pays où l'Etat est à reconstruire. Il faut que la population ait confiance des ses forces de sécurité, dans l'armée, dans la police et il faut que les ressources du pays soient au service de la population. Les gens veulent des écoles, ils ont besoin de routes, de santé. Donc, il faut un Etat qui soit présent et ça c'est un grand effort de reconstruction. Il y a un premier signe d'espoir, c'est que le Congo hier était envahi par toutes sortes d'armées étrangères ; aujourd'hui, le pays est en voie de réconciliation avec ses voisins. Il faut maintenant qu'il se réconcilie avec lui-même et qu'il y ait une vraie dynamique de construction de l'Etat qui se fera dans la décentralisation. Parce que ça peut être vaste pour être géré de façon centralisée. En même temps, il y a un fort sentiment d'unité nationale qui a besoin d'être concilié avec une certaine distribution des pouvoirs pour que toutes les provinces du Congo, toute la richesse humaine du pays puisse s'exprimer.

Xinhua : Comment expliquez-vous le fait que les pays industrialisés soient disposés à financer des forums comme celui organisé en ce moment à Yaoundé, mais traînent les pieds lorsqu'il s'agit de traduire en actes concrets leurs promesses de financement des opérations de maintien de la paix sur le terrain ?

JMG : Moi je me bats pour que les pays industrialisés soient plus engagés en Afrique. Je crois qu'il y a un devoir de solidarité. On entend souvent : problèmes africains, solutions africaines. Je crois que c'est très important que les Africains prennent leurs responsabilités. Mais je pense que compte tenu de tous les problèmes qui se sont accumulés, il est important que le reste du monde n'abandonne pas l'Afrique. Cela veut dire un engagement financier, une ouverture commerciale aux produits qui viennent d'Afrique, par exemple le coton. Cela veut dire aussi un engagement parfois en troupes, parce qu'il y a des situations militaires difficiles. Et moi je voudrais qu'il y ait davantage de Casques bleus aussi des pays développés qui viennent d'Afrique.

Xinhua : Les Nations Unies ont souvent été accusées d' intervenir tardivement dans des conflits. Quel en est le problème au fond, pour vous qui avez géré ces questions ?

JMG : Les Nations Unies, ce sont les Etats membres et donc très souvent il vaudrait mieux prévenir qu'avoir à guérir. Il y a une crise en Guinée par exemple en ce moment. C'est une crise qu' on a vu guérir. Ils auraient pu être plus courageux de la par de la communauté internationale de s'engager pour aider le pays à franchir le cap après la disparition du président Lansana Conté. La communauté internationale a tendance à réagir aux crises plutôt qu'à la prévenir. Moi je crois que c'est une question de volonté politique. Ce n'est pas une question d'ignorance. On sait où sont les crises. Mais on n'a pas le courage d'agir à temps, parce que les peuples sont égoïstes : chacun regarde d'abord chez lui. C'est vrai qu'aujourd'hui il y a beaucoup de problèmes dans le monde, mais je pense que la paix et la sécurité du monde dans un monde globalisé, ça suppose qu'au regarde au-delà de ses frontières, qu' on fasse preuve de solidarité.


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