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Opinion: Vision et réformes de Kabila, bilan et perspectives

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Modeste Mutinga/Le Potentiel - 2 décembre 2009
Joseph Kabila

6 décembre 2006 – 6 décembre 2009. Joseph Kabila Kabange aura totalisé trois ans de son mandat en tant que président élu démocratiquement de la RDC. Moment important qui sera certainement marqué par son discours sur l’état de la Nation, mais également par des réflexions profondes sur ses actes, ses actions et ses enseignements.

Il est judicieux de souligner que l’élection de Joseph Kabila Kabange a été placée sous le signe du changement, du renouvellement du tissu politique dans cet élan d’écrire une nouvelle page de l’histoire de la République démocratique du Congo. L’un des premiers actes demeure sans conteste l’adoption, par référendum populaire, de la Constitution du 18 février 2006. Une constitution élaborée après d’âpres et difficiles négociations débutées à Sun City, en Afrique du Sud, lors du Dialogue inter congolais jusqu’à la mise en place du Parlement de transition pour finaliser ce travail. Une expertise tant nationale qu’internationale y a été associée pour présenter ce projet de Constitution au peuple congolais.

L’innovation que l’on retient de cette Constitution est l’introduction du « Fédéralisme » qui ne dit pas encore son nom, mais connu sous la dénomination de « Décentralisation ». Certes, cette Constitution, comme toutes les œuvres humaines, est perfectible. Avec le temps, l’on constate qu’elle présente des incohérences, des erreurs. Mais s’il y a des imperfections, le mieux que l’on puisse faire un jour, c’est d’aider à les corriger, à les changer.

Je ne me trompe pas en affirmant que c’est dans cette logique que le président de la République, Joseph Kabila Kabange, s’est inscrit pour initier un certain nombre d’actes, d’actions qui résument sa vision, introduit des réformes dans le but d’édifier au coeur de l’Afrique, un Etat de droit, une nation congolaise forte et prospère animée de cette ambition légitime de retrouver sa place dans le concert des nations. Quel a donc été le chemin parcouru depuis son discours d’investiture du 6 décembre 2006 ? Quelles sont les perspectives d’avenir ?

Je dirais qu’au plan politique la mise en œuvre du fédéralisme, je voudrais dire de la Décentralisation, dans le cadre général de la réforme de l’administration, préoccupe le président de la République, le Parlement, le gouvernement et les partenaires extérieurs. Car la décentralisation comporte des enjeux et des défis. C’est une initiative difficile à mettre en œuvre. Une initiative politique qui combine à la fois la volonté et l’expertise politiques, en plus des moyens financiers. Et comme l’a si bien souligné le professeur Philippe Biyoya dans l’une de ses interventions : « La refondation d’un Congo, Etat de droit, libre, démocratique et républicain soulève le problème central d’un système de gouvernance correcteur et redresseur des torts du système traditionnel de gouvernance coloniale et post-coloniale ». Il soulignait plus loin que la décentralisation, telle que prévue par la Constitution du 18 février 2006, devrait participer à la réalisation de cette nouvelle vocation de la politique congolaise en s’engageant à relever le défi d’une nouvelle pratique du pouvoir public qui allierait l’objectif de la décentralisation à l’impératif d’une participation politique ou citoyenne des populations locales.

C’est sous cet angle qu’il faut apprécier la décision portant découpage territorial. Dans le même contexte, le ministre de la Décentralisation a organisé un séminaire national pour déterminer un « cadre stratégique de la mise en oeuvre de la décentralisation en RDC ». Un document stratégique a été adopté, lequel définit les objectifs à atteindre. C’est un travail fastidieux et laborieux qui nécessite des moyens financiers importants. Je suis persuadé que le processus électoral qui se poursuit avec l’organisation prochaine, en 2011, des élections locales, urbaines et municipales, ne vise qu’à parachever cette oeuvre de décentralisation qui constitue réellement un grand défi et comporte des enjeux révolutionnaires. Car le transfert des compétences de l’Etat des instances centrales vers les institutions locales marque le début de l’apprentissage du sens de haute responsabilité politique.

J’en viens à la réforme du pouvoir judiciaire. Les différentes lois votées procèdent de la volonté de mettre en place un cadre institutionnel des droits et devoirs des citoyens dans la consolidation d’un Etat de droit. « La sécurité juridique et judiciaire est la pierre angulaire de l’Etat de droit », avait dit le chef de l’Etat le 6 décembre 2007.

L’on assiste ainsi au démantèlement de la Cour suprême de justice pour faire place au Conseil supérieur de la Magistrature, à la Cour de cassation et au Conseil d’Etat. Tous ces actes tiennent de la détermination du chef de l’Etat d’innover pour rassurer la population, les étrangers, les investisseurs nationaux et multinationaux dans le cadre de l’amélioration du climat des affaires, d’avoir des procès justes. L’opération « Tolérance zéro » pour combattre la corruption, l’intolérance, la concussion, la gabegie financière, trouve ici toute son explication.

En décembre 2007, le président de la République avait déjà fait le « procès de la justice » en précisant que « l’indépendance de la justice n’était nullement une licence à l’arbitraire. Que la République démocratique du Congo n’était pas une République des juges ». S’il est vrai que la Loi sur le Conseil supérieur de la Magistrature est déjà votée, celles sur le Conseil d’Etat, la Cour de cassation sont en élaboration. Je crains fort qu’elles ne soient examinées et votées avant la fin de l’année 2010. Ces lois devraient être soutenues par l’amélioration des conditions de travail et de vie du magistrat, en plus d’une campagne systématique et permanente de moralisation. Certes, on a changé des hommes, mais le pouvoir judicaire n’émet pas encore des signaux forts du changement tant souhaité par le peuple congolais pour une justice juste.

Au plan économique, le président de la République, au terme de sa première année d’exercice de pouvoir, attirait l’attention du gouvernement sur la mise en place d’un «cadre macro-économique » pour permettre à la RDC de redécoller. C’est dans cet ordre d’idées qu’il faut saluer les décisions portant réforme des entreprises du portefeuille. Malheureusement, le gouvernement s’est illustré par des tergiversations tant il est vrai que les résultats se font attendre. Trois ans durant, l’on court derrière le nouveau Programme économique, PEG 2.

Je dirais même qu’il s’agit d’un échec pour autant que les résultats ne sont pas du tout palpables et que les préoccupations de la demande sociale de la population ne sont pas encore satisfaites. Le chantier le plus important, parmi les 5 du vaste programme du président de la République, celui de l’amélioration des infrastructures de base, a démarré timidement.

Puisque c’est l’économie qui sous-tend le social, la situation des populations ne fait que se dégrader davantage sans espoir d’un redressement rapide. Dans ces conditions, l’agriculture créatrice de richesses, n’a pas encore voix au chapitre, malgré la distribution de nombreux tracteurs à ceux qui n’ont aucun hectare de champs à cultiver.

Dans le domaine culturel, le théâtre congolais a cédé l’écran au théâtre nigérian, la production intellectuelle et littéraire a du mal à trouver des mécènes. Les musiciens congolais ne cessent de survoler mers et océans. Quelle est leur part de contribution à l’effort du développement national à l’image de leurs collègues ouest-africains ? Leur seul point fort, c’est la polémique et l’injure facile… sous la barbe du ministère de la Culture et des Arts.

Il est aussi vrai que la RDC est championne d’Afrique du CHAN 2009, et que le TP Mazembe a remporté la coupe d’Afrique des clubs champions. Mais la popularité de Kofi Olomide, Fally Ipupa, le succès pourtant mérité des Léopards locaux et de Mazembe ne sera que des illusions faute d’une politique culturelle et sportive nationale.

Un ancien international congolais de football, professionnel en France, aujourd’hui député national, a dressé un tableau sombre du SPORT CONGOLAIS. Aucune réforme n’est encore envisagée dans ce domaine.

Dès lors, quelles sont les perspectives d’avenir ? Je ne voudrais pas anticiper sur l’état de la Nation que le président présentera le 6 décembre devant le Congrès. Néanmoins, un sage congolais, dans une interview à la télévision nationale, disait en ce qui concerne les 5 Chantiers, qu’un président de la République « énonce, décide », mais ne « fait pas ». Ce sont « ses collaborateurs qui font et font faire ». C'est-à-dire, ils mettent en exécution ses « énoncés, ses décisions ». Tel n’est pas le cas dans notre pays. Une telle insuffisance doit être surmontée avant les prochaines élections.

A travers ce survol des réformes que je viens d’effectuer, on ne peut reprocher au président Kabila de ne pas avoir une «vision de développement ». Vision je résume en ces mots : « paix, justice et développement ». Il vient de le démontrer à travers les réformes politique, judiciaire, économique, pour ne citer que ces secteurs. Je serais incomplet si je ne signalais pas l’élaboration des lois sur le Conseil supérieur de la Défense, la Réforme de l’Armée et de la Police et le Statut du personnel militaire déjà en discussion au Parlement. Sur ce point précis, la vision du président Kabila se résume dans cette déclaration :« Mon objectif est de doter notre pays d’une armée républicaine, professionnelle et dont la qualité du personnel et de l’équipement seront comparables à celle de meilleures armées du monde ; une police nationale qui rassure et protège les populations et leurs biens dans le strict respect de la loi et des droits des citoyens ; des services de renseignements formés et uniquement dédiés à la détection et à la prévention des risques de sécurité pour l’Etat et les populations ».

Malgré cette vision si claire pourquoi la RDC tarde-t-elle à décoller ? Serait-ce un problème d’hommes, de moyens, d’organisation, de moralité ou d’impunité ?

La grande faiblesse est avant tout cette absence de politiques dans chaque domaine de la vie nationale. Ensuite, la présence de ces hommes à la moralité douteuse dans le cercle du pouvoir qui s’illustrent par le vol, le détournement, la corruption, la délation, le clientélisme, aliénant ainsi l’intérêt général au profit des ambitions personnelles.


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