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Viols massifs des Congolaises par des militaires angolais

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Le Potentiel - 8 novembre 2010
Carte du Congo

Une tragédie se joue présentement dans le Sud-ouest de la République démocratique du Congo, précisément le long de la frontière entre la province du Bandundu et la République d’Angola où des centaines de Congolais, particulièrement des femmes, sont systématiquement arrêtés, battus et surtout violés par des militaires angolais avant d’être renvoyés dans leur pays d’origine. Le silence de la communauté internationale, l’indifférence de l’Exécutif et du Parlement congolais interpelle. Inquiétudes !

Une mission humanitaire inter agences du système des Nations Unies dépêchée à Tembo, dans le sud de Bandundu, et qui y a séjourné du 3 au 6 octobre 2010, en est revenue bouleversée et manquait de mots pour qualifier ce qu’elle a vu et entendu sur place. Cette mission était composée de représentants de 6 sections de la MONUSCO (Police, Sécurité, Affaires civiles, Affaires politiques, Droits de l’Homme, Elections), du HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés), de l’UNICEF, de l’UNFPA (Fonds des Nations Unies pour la Population) et de la Radio Okapi.

En effet, selon plusieurs témoignages concordants recueillis aussi bien auprès des autorités et ONG locales qu’auprès des témoins et des victimes elles-mêmes, les Congolais expulsés d’Angola vivent un véritable enfer. Jusqu’à la date du 5 novembre 2010, les statistiques de la synergie locale de Tembo indiquaient 322 expulsés dont 150 hommes (17 violés), 119 femmes (99 violées), 33 enfants de sexe masculin et 20 de sexe féminin (dont 4 violées). Tout commence par des bouclages intempestifs dans les quartiers résidentiels ou aux abords des marchés, bouclages opérés par des agents en civils appelés DFA. Bon nombre d’expulsés ont d’ailleurs déclaré avoir été happés dans la rue alors qu’ils partaient au marché ou en revenaient. L’interpellation se fait en portugais, langue officielle de l’Angola, et l’agent de services peut alors détecter s’il s’agit d’un Angolais ou d’un étranger. Pour un Congolais qui parle portugais, l’on vérifie sur son bras gauche s’il n’est pas porteur de la cicatrice du vaccin BCG qui passe pour un signe distinctif des Congolais.

Les personnes arrêtées sont acheminées à un poste de police d’où elles sont conduites aux postes de frontière contrôlés par des militaires, les « FAA » (Forces Armées Angolaises). Les femmes sont transportées dans des véhicules tandis que les hommes sont escortés à pieds, humiliés tout le long du chemin sous les rires moqueurs des passants et autres civils angolais massés devant leurs parcelles pour la circonstance.

Arrivés aux postes-frontière, ils sont dépouillés de tout ce qui leur reste s’ils ne l’ont pas été au niveau des postes de police. En plus, ils sont fouettés, insultés, bref humiliés de pire manière. Depuis quelque temps, les militaires angolais ont changé de stratégie en expulsant les Congolais par des voies non officielles, question d’éviter d’attirer l’attention des autorités congolaises et de la Communauté internationale. Il faut noter que le Bandundu partage une longue frontière avec trois provinces angolaises que sont Malanje, Uije et Lunda Norte.

VIOLENCE SEXUELLE COMME ARME

Les violations massives des droits humains sont surtout observées à Lunda Norte qui est une province minière, particulièrement aux postes de Corva (lisez Kourva) et Musuku. Il y existe des cachots souterrains où l’on mélange hommes, femmes et enfants.

Le soir venu, l’on fait sortir les femmes (jeunes filles et adultes) et on les viole en chaîne. Certaines de celles qui ont accepté de témoigner ont affirmé avoir été violées par plusieurs militaires la même nuit. « J’ai été violée devant ma fille par trois militaires et ma fille a subi le même sort », déclare l’une d’entre elles. A la question de savoir si ces rapports étaient protégés, elle répond par la négative : « Ils nous prenaient seulement comme ça, sans préservatif ». Ces rapports non protégés ont été confirmés par plusieurs victimes qui ont affirmé qu’elles ne pouvaient opposer aucune résistance dès lors que les militaires étaient armés et qu’ils ont la réputation d’avoir la gâchette facile.

« Tant que vous n’êtes pas encore expulsée, vous subissez le même sort chaque jour. Nous étions devenues leurs chiennes, leurs objets de plaisir, nous n’avions aucune valeur à leurs yeux », confie une autre pour parler des viols à répétition dont elles étaient victimes. « Et non seulement ils nous violaient, mais en plus ils nous fouettaient, nous insultaient et nous obligeaient à préparer pour eux tandis que les hommes allaient leur puiser de l’eau et faisaient d’autres travaux forcés », commente une autre.

Certes, beaucoup de ces expulsés séjournent illégalement sur le territoire angolais. Mais, même ceux qui détiennent des papiers délivrés par les services de migration ne sont pas épargnés : « Je réside en Angola depuis plusieurs années dont 4 passées à Cafunfu. Nous vivons à Luanda avec mon mari, mécanicien, et nos enfants. J’étais rentrée en RDC à la suite du décès de mon père. Sur le chemin du retour à Luanda, ma petite sœur et moi sommes arrêtées un samedi soir à Cafunfu. J’ai expliqué en portugais que je suis en ordre avec les services de migration, et je leur ai exhibé mes documents. Curieusement, ils les ont déchirés sans même les lire. Puis, ils nous ont conduites à la police où nous avons été détenues pendant trois jours avant d’être expulsées. Au poste de frontière où nous avons été acheminées, nous n’avons pas été violées. Par contre, nous avons, ma petite sœur et moi-même, été dénudées et avons subi des fouilles vaginales et anales à l’aide d’un gant, le même utilisé pour tout le monde. Je n’ai pas de la famille ici et je veux rentrer en Angola auprès de mon mari et mes enfants ».

Un silence inquiétant

Face à toutes ces exactions et violations des droits humains, le gouvernement provincial du très médiatique Richard Ndambu Wolang, premier concerné dans cette affaire, est resté muet. Aucune déclaration officielle pour condamner la barbarie des militaires angolais commis aux frontières. Aucun déplacement des ministres provinciaux, voire du gouverneur lui-même, n’a été effectué pour réconforter ces compatriotes expulsés, particulièrement les victimes de violences sexuelles. Même mutisme insoutenable du côté du gouvernement central et du Parlement, plus préoccupés aujourd’hui par les échéances électorales de 2011 que par le sort de leurs électeurs. Aucune réaction non plus de la Communauté internationale.

Qu’à cela ne tienne ! Si l’Angola est dans son droit d’expulser des personnes qui entrent illégalement sur son territoire, rien n’explique cependant les traitements inhumains et dégradants infligés aux Congolais. Pire, certains Congolais pourtant en situation régulière se voient dépossédés de leurs documents légaux, lesquels sont vite déchirés afin de les priver de tout moyen de défense. Difficile aussi de croire que ce comportement barbare et digne d’une époque révolue ne soit pas connu des autorités angolaises. A moins que le gouvernement angolais reconnaisse ne pas avoir le contrôle sur ces hommes en uniforme qui maltraitent les Congolais.

D’aucuns pensent même que ces expulsions accompagnées de viols et tortures sont une façon pour l’Angola d’intimider la RDC qui réclame à son voisin 4 milliards de barils de pétrole frauduleusement pompés dans les eaux territoriales congolaises. La pire des représailles ne serait-elle pas dans l’âme ? Le viol détruit l’âme ; les êtres humains, en l’occurrence les Congolais, sont ainsi réduits à un état de sous-hommes.


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