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Révocation du ministre Botswali, Kabila doit aller plus loin

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Le Potentiel - 11 janvier 2010
Joseph Kabila

On savait depuis longtemps que les jours de M. Barthélemy Botswali dans le gouvernement Muzito où il occupait les fonctions de ministre des Affaires sociales, Action humanitaire et Solidarité nationale, étaient comptés. Effectivement, l’épée de Damoclès qui était suspendue sur sa tête depuis son passage à l’Assemblée nationale à la suite d’une question orale, est finalement tombée. Le chef de l’Etat, Joseph Kabila Kabange, l’a révoqué. Botswali remercié, il est souhaitable que le président de la République ne puisse pas s’arrêter en si bon chemin. 

Depuis samedi, M. Barthélemy Botswali Lengomo ne fait plus partie du gouvernement Muzito. Le président de la République, Joseph Kabila Kabange, l’a révoqué de ses fonctions de ministre (des Affaires sociales, Action humanitaire et Solidarité nationale) pour « manquements graves ». Sans plus de précisions. Mais toujours est-il que, dans l’opinion, le départ de celui qui s’est retrouvé dans le gouvernement sur le quota de la Coalition des Démocrates Chrétiens (CODECO), parce que président de CODELI, un obscur parti politique, était attendu. Il ne s’agit donc pas d’une surprise. Loin s’en faut.

MORALISATION DE LA VIE POLITIQUE

En fait, c’est le ministre de la Communication et des Médias, Lambert Mende Omalanga, qui a donné un peu plus de détails sur les raisons qui semblent avoir été à la base de la révocation du ministre des Affaires sociales, Action humanitaire et Solidarité nationale. « Le président de la République et le Premier ministre ont fait la stricte application de Tolérance zéro pour « tous comportements anti-sociaux », a indiqué samedi le ministre Lambert Mende alors qu’il répondait aux préoccupations des journalistes de la radiotélévision nationale congolaise (RTNC) à ce propos.

Dans tous les cas, dans les milieux gouvernementaux, on inscrit cette mesure de révocation dans le cadre de l’opération « Tolérance zéro » initiée par le président de la République. « Nous sommes tous concernés par cette mesure », a souligné le porte-parole du gouvernement.

Pour ce qui est précisément du ministre révoqué, on estime qu’il a finalement payé pour son comportement jugé peu digne. « Le ministre Botswali a été rattrapé par son passé », fait remarquer un membre de l’AMP, qui considère l’éviction de ce dernier comme une « juste récompense de ses égarements ». De toute manière, on se le subodorait déjà dans tous les milieux jusqu’au jour avait été évoquée, au niveau de la plénière de l’Assemblée nationale, l’affaire de manipulation de la liste électorale mise sous la responsabilité directe du président de CODELI, M. Barthélemy Botswali en l’occurrence.

Il y a lieu de noter que, dans une déclaration rendue publique, la CODECO a désavoué M. Botswali, accusé par ses pairs présidents de partis politiques membres d’avoir manipulé la liste électorale de sa formation politique en 2006. On sait en effet que cette plate-forme avait vivement condamné cet acte « indélicat », « incompatible avec l’exercice de toute fonction publique, tant pareil acte désespère les bonnes volontés, décidées en ce moment à assainir le milieu politique congolais ».

C’est à la suite de cela et pour d’autres raisons que la CODECO a donc considéré comme « indigne » le fait de se faire représenter au sein du gouvernement par M. Botswali, consacrant ainsi la sortie par la petite porte de quelqu’un qui n’a pas su se mettre au diapason d’un homme d’Etat.

De toute évidence, la révocation du ministre Botswali repose la question de la moralité de la classe dirigeante en République démocratique du Congo. Un problème resté entier depuis des années. En effet, tel une hydre, le mal se renouvelle en dépit des efforts faits pour l’éradiquer.

TRES PEU D’HOMMES D’ETAT

De mauvais exemples de mœurs politiques que l’on n’aimerait pas retrouver dans un pays qui aspire à devenir un Etat moderne et démocratique, on en trouve malheureusement en RDC. C’est la règle d’ailleurs. Des dirigeants qui font un point d’honneur à leur statut d’homme d’Etat, ils ne sont pas nombreux en RDC. Aujourd’hui, il faut avoir l’honnêteté de reconnaître qu’ils sont comptés par le bout de doigts. « Dans tous les cas, nous ne sommes pas un modèle », se désole un acteur politique qui affirme que tout le monde, presque, est logé à la même enseigne. « Nous n’arrivons pas à faire un distinguo entre homme politique et homme d’Etat. Une fois qu’on lui a confié des charges publiques, le Congolais, acteur politique, a du mal à se débarrasser de sa vieille casquette », accuse-t-il. « Il adopte, ajoute-t-il, un comportement quelconque, ignorant qu’il est astreint à tout un tas d’obligations, notamment à un nouveau modus vivendi digne effectivement d’un homme d’Etat.

Il est vrai que les plus hautes autorités du pays ont lancé une vaste opération de moralisation de la vie politique ou si vous voulez d’assainissement de mœurs politiques. Mais il n’est pas évident que le relèvement d’un tel défi puisse connaître un réel succès dans la mesure où la même classe dirigeante qui est appelée à prêcher par le bon exemple est devenue le « bastion par excellence » des anti-valeurs.

On peut citer par exemple les détournements de deniers publics qui se poursuivent à grande échelle, sans que leurs auteurs ne soient inquiétés. Le bradage des entreprises publiques est loin de s’arrêter sans que cela n’offusque personne. Des soldes de militaires sont détournés sans aucune autre forme de procès pendant que ceux qui en sont responsables se la coulent douce.

Des contrats léonins sont signés ou ont été signés dans un passé tout récent. Mais, il se fait que ceux qui se sont livrés à cette sale besogne circulent librement. Ils continuent à humer l’air frais dans un pays où l’impunité a encore de beaux jours devant elle.

Pendant que l’on clame à tue-tête de tordre le cou à la corruption, celle-ci ne s’en porte pas si mal dans un pays où, dans l’esprit de gouvernants, la raison d’Etat se confond avec la défense et la préservation des intérêts privés de groupes et clans au pouvoir.

En définitive, la mesure de révocation du ministre des Affaires sociales, Action humanitaire et Solidarité nationale, qui est une mesure encourageante, mérite d’être chevillée au corps par de réelles dispositions de bonne gouvernance et de la sanction à l’endroit de tous ceux qui excellent dans les anti-valeurs. Le pays en tirerait un grand profit sur la voie de son développement.


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