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Général Gaye: Tout mettre en place pour des élections dans un environnement sécurisé et serein

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Monuc - 28 août 2006

Alors que le calme est revenu à Kinshasa, nous avons interrogé le général Babacar Gaye, commandant des forces de la MONUC, sur les événements qu?a connu la capitale du 20 au 22 août. Il fait le récit des événements dont il a été témoin et acteur et décrit les mesures prises pour rétablir la situation.

ENTRETIEN


Quelles sont les mesures prises par la MONUC pour garantir la sécurité en ville?

Au lendemain des incidents graves qui ont opposé la Garde républicaine aux éléments de sécurité du vice-président Bemba, plusieurs mesures ont été prises. Au-delà des patrouilles et des gardes statiques, les mesures les plus importantes ont consisté à amener les deux parties à se retrouver, à constituer des équipes mixtes de vérification sur le terrain des différentes allégations.

Il s?agissait de rétablir la confiance entre des éléments qui, au bout du compte, appartiennent tous au FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo, ndlr). Des mesures préventives ont également été prises: nous avons renforcé la sécurité du vice-président Bemba, nous patrouillons avec la police nationale congolaise pour renforcer le sentiment de sécurité de la population, nous nous informons de ce qui passe pour prévenir toute résurgence de cette situation dramatique.


L?EUFOR a été impliquée dans le rétablissement de la situation?
Absolument et cela mérite d?être souligné. Le général Damay (commandant des troupes de l?EUFOR, ndlr) a tout de suite jugé de la situation. Nous étions en liaison constante et lorsque je lui ai fait savoir que je me rendais moi-même sur le terrain, parce qu?il n?y avait pas d?autre solution, il m?a rapidement rejoint. Il est venu avec des forces qui ont pu sécuriser le boulevard du 30 juin, qui était l?axe emprunté par la garde républicaine pour se rendre vers la résidence du vice-président. La réaction de l?EUFOR a donc été rapide et efficace.

"Il s?agissait de rétablir la confiance."



Qu?avez-vous pu constater vous-même sur le terrain?
La garde républicaine a présenté sur le boulevard du 30 juin à hauteur du carrefour Mandela des moyens blindés accompagnés de personnel à pied, de plusieurs véhicules de transport et de moyens de commandement. Pour des raisons que j?ignore, cette importante force n?a pas dépassé le carrefour; elle a pu, à partir de la, faire des tirs qui ont créé un très fort sentiment d?insécurité. Sur cette ligne de contact se trouvait également des éléments de la sécurité du vice-président Bemba, relativement éloignés de la résidence et dont l?armement essentiel étaient des RPG (lance-roquettes, ndlr) et des AK47 (fusils d?assault Kalachnikov, ndlr).

Il y a eu là plusieurs échanges de tirs dont certains bâtiments portent encore les traces. Voila ce que j?ai observé sur le terrain. A mon arrivée, j?ai rencontré le général Kisempia (chef d?état-major des FARDC, ndlr) avec lequel j?étais en contact permanent. Nous avons immédiatement convenu que tout cela devait cesser. Il a donné des ordres à la garde républicaine pour qu?elle cesse de tirer et se replie. Pendant ce temps, je suis parti avec des blindés uruguayens pour remonter les lignes tenues par les éléments de la sécurité du vice-président Bemba afin de demander aussi la cessation des tirs.

Je suis arrivé à la résidence du vice-président Bemba pour rendre compte de la situation au Représentant spécial et ensuite organiser le départ des ambassadeurs et la sécurité de la résidence, confiée au bataillon uruguayen. Le chef d?Etat-major de la brigade y a même passé la nuit comme mesure de confiance pour montrer au vice-président Bemba notre engagement à assurer sa sécurité.


Des victimes sont-elle à déplorer suite aux événements parmi les troupes de l?ONU?
Grâce à Dieu, non.


Les troupes régulières des FARDC (Forces armées de la République Démocratique du Congo) sont-elles intervenues dans les affrontements survenus de dimanche à lundi? Je ne peux me fier qu?à ce que j?ai vu et aux comptes-rendus reçus des personnels de la MONUC. Les seuls éléments que nous ayons vus sur le terrain sont d?une part des éléments de la garde républicaine, qui fait partie des FARDC, d?autre part les éléments de la sécurité du vice-président Bemba. La 7e brigade intégrée des FARC stationnée à Kinshasa, nous ne l?avons pas vu.


A quand le désarmement des milices armées qui protégent le président et le vice-président, se demande la population?
Il ne s?agit pas de milices. Sur la base des accords de Sun city, il était convenu que des éléments assureraient la sécurité du président et des vice-présidents. Le parlement n?a pas pu définir clairement la taille de ces différents éléments de sécurité. Cette décision a été laissée au Conseil supérieur de la défense. En cours d?évolution du processus, certains ont pu fermer les yeux sur l?augmentation des effectifs, jusqu'à arriver à la situation actuelle.

Certes la composition de ces éléments peut appeler l?attention car elle est peut-être trop monocolore en terme d?origine géographique. Mais tous ces éléments armés appartiennent aux FARDC. Il appartient aux autorités congolaises de mesurer les risques lies à la prolifération de ces éléments.


Pourquoi la MONUC assure-t-elle désormais la protection de Jean-Pierre Bemba?
Nous le faisons depuis lundi parce que la situation imposait cette mesure de confiance, la présence de la MONUC pouvant contribuer à décourager toute tentative incontrôlée de résurgence des incidents. Notre présence relève des mesures de consolidation. Jusqu'à quand, dans quelles conditions allons-nous continuer, il s?agit là d?une question qui n?est pas seulement militaire. Ce qui est prioritaire, ce sont les élections.

"Ce qui est prioritaire, ce sont les élections."

Il faut restaurer un climat de normalité, où tout le monde se focalise à nouveau sur les choix fondamentaux qui vont être fait par le peuple congolais, qui sont, au-delà de la personne du président, des choix politiques, qui engagent l?avenir du pays. Il faut rapidement revenir à la normalité, et passer au deuxième tour de l?élection présidentielle et aux élections provinciales.


Le rétablissement du climat de confiance doit passer par ce groupe de travail qui a été établi, réunissant toutes les parties. Ce groupe a appelé au brassage de ces troupes - non encore brassées - qui se sont affrontées. Quand aura-t-il lieu?
Ce groupe de travail ne peut pas prendre des décisions politiques. Il a été créé pour que ceux qui se sont affrontés se retrouvent sous l?autorité de leurs chefs légaux qui sont les ministres de l?Intérieur et de la Défense. Dans ce cadre, toutes les séquelles de ces affrontements sont en train d?être réglées.

La réduction des effectifs militaires au niveau de Kinshasa n?est qu?un élément de la réduction des risques d?affrontements, qui passe d?abord par le rétablissement de la confiance. Et rétablir la confiance implique que tout le monde adhère à des règles précises. Ce problème ne peut être traité dans le groupe de travail. Il implique des décisions de plus haut niveau que le représentant spécial s?emploie à obtenir.


Pensez-vous que le calme prévaudra jusqu?au second tour?
Les élections sont la priorité. Il faut mettre en ?uvre tout ce qui concourt à ce qu?elles aient lieu dans un environnement sécurisé et serein.

"Nous avons montré ces derniers jours ce que pouvait faire la MONUC."



La question a encore été posée ces derniers jours lors des affrontements: que fait la MONUC? Que répondez-vous à ces interrogations?
Cette question traduit une très forte attente de la population vis-à-vis de la communauté internationale. Notre présence traduit cet engagement. Nous avons montré ces derniers jours ce que pouvait faire la MONUC. Nous ne pouvons pas protéger la population en mettant un casque bleu derrière chaque citoyen de la ville de Kinshasa, mais nous pouvons, chaque fois que la situation est difficile, payer de notre personne, nous interposer, rappeler à la raison et créer un cadre où les gens puissent se concerter.

C?est ce que nous avons fait. Nous avons eu, avec l?aide de l?EUFOR, suffisamment de poids pour que la ville retrouve le calme et une vie normale au lendemain d?une situation qui aurait pu dégénérer. Voila ce que fait la MONUC.


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